Les concerts se raréfient, les subventions aussi et elles n’arrosent que les outils prestigieux remplissant ainsi un rôle de leurre. L’industrie du disque prend l’eau de toutes parts, les théâtres n’utilisent plus de musique vivante, les conservatoires et écoles de musique sont en récession et proposent des formations sans cesse ridiculement de plus en plus complexes et alambiquées en complète déconnexion avec la réalité professionnelle, les postes diminuent d’année en année et proposent des situations indigentes où la rémunération peu attrayante des enseignants, ne correspond pas à l'exigence des études et aux compétences acquises.

Certes le tableau dépeint est noir (ce que me reprochait il y a quelques années le représentant de l’association des orchestres professionnels Français en m’annonçant fièrement que l’hexagone comptait 35 formations… Pas de quoi sonner le clairon à mon avis, 1 orchestre pour 1 800 000 personnes n’est pas vraiment une performance…), mais comment ne pas s’inquiéter lorsque comme moi, on enseigne depuis presque 50 ans et que l’angoisse des jeunes est une réalité à laquelle on se mesure quotidiennement ?

Et pourtant le niveau de la jeunesse n’a sans doute jamais été aussi fort, ni l’enthousiasme si grand, tout autant que leurs espoirs. Mais ils déchantent vite ! Pourquoi ce désintérêt pour la musique (classique et contemporaine) dans un pays qui n’a de cesse de faire les gorges chaudes avec sa culture ? Pourquoi malmener ainsi les musiciens pourtant si importants dans le paysage socioculturel de notre pays, et qui de surcroît créent une activité économique non négligeable ? La jalousie de l’administratif envers les artistes ? L’administration technocratique a évincé pratiquement tous les artistes des postes décisionnels et gère notre métier dans l’incompétence la plus totale, c’est un fait. Le mépris de notre art ? Aucun président de la république n’a aimé la musique. Malraux disait déjà que la musique était un bruit qui coûte cher. Les successeurs du Général De Gaulle n’ont pas fait mieux, même si Nicolas Sarkozy a quelques raisons d’apprécier la chanson…

Les musiciens sont trop occupés par leur travail, leur peur du futur, et l’individualisme structurel de l’esprit artistique inculqué dès le jeune âge pour penser à s’occuper de cet état de fait et de réagir collectivement. Et d’ailleurs en le faisant, nous passerions tous pour des troublions insolents et privilégiés aux yeux d’une opinion publique ignorante de notre métier. On peut donc faire ce que l’on veut de nous.

Émettons le vœu que la musique et ses représentants professionnels se réveillent et passent à l’action avant qu’il ne soit trop tard. Il est grand temps de réagir. Respectons-nous nous-mêmes si l’on veut que les autres nous respectent enfin !

Pierre-Yves Artaud Professeur au CNSM de Paris Président du Comité national d'éthique et de déontologie de la musique